Aller au contenu principal

Le 27 mai, venez assister à la projection du court métrage césarisé “Au Bain des Dames” en présence de sa réalisatrice Margaux Fournier

Submitted by webmestre@mars… on

Le 27 mai, venez assister à la projection du court métrage césarisé “Au Bain des Dames” en présence de sa réalisatrice Margaux Fournier

Césarisé dans la catégorie du Meilleur Film de court métrage documentaire, Au Bain des Dames a été réalisé par la Marseillaise Margaux Fournier. Il met en scène cette célèbre plage de la cité phocéenne, ainsi que ses habitués, dans une mise en scène réjouissante.

 

 

La projection

Le mercredi 27 mai à 19h
Découvrez Au Bain des Dames
César du meilleur court métrage documentaire
en présence de la réalisatrice Margaux Fournier
Au Château de la Buzine
56 traverse de la Buzine (11e)
Entrée libre

 

 

 

 

Le synopsis

Tous les jours, Joëlle rejoint ses amies retraitées sur la plage du Bain des Dames, à Marseille. Comme dans un théâtre à ciel ouvert, elles rient, parlent d’amour, de sexe, de corps qui changent, et refont le monde avec la liberté de celles qui n’ont plus rien à prouver.

 

 

Margaux Fournier, réalisatrice du court métrage Au Bain des Dames, avec son César sur les lieux du tournage
© Ryan Layechi - Ville de Marseille

 

 

L'entretien

Margaux Fournier : « La plage, c’est l’endroit où les femmes sont reines. »

 

Au Bain des Dames, il y a ces femmes que tout le monde connaît, ou croit connaître. Si on les observe parfois du coin de l’œil, Margaux Fournier, elle, a choisi de s’asseoir dans le sable à leurs côtés. Entre deux couches de crème solaire, Joëlle, Régine et leurs amies lui racontent bien plus qu’une journée au soleil. De ces échanges, la réalisatrice a fait un court-métrage documentaire lumineux et inattendu, couronné par un César.

 

Pour beaucoup de Marseillais, le Bain des Dames et ses habituées qui font bronzette, c’est un décor presque banal. À quel moment avez-vous compris qu’il y avait là un film à faire ?

J’avais dans les notes de mon téléphone cette idée de fiction qui s’appelait les tournesols, en référence à ces femmes qui font tourner leur transat en fonction du soleil pour bronzer. Mais je me suis rendue compte que je ne pouvais pas la réaliser, parce que je ne me voyais pas écrire pour elles, leur mettre mes mots dans leur bouche. Aussi, trouver des comédiennes de 70 ans qui ont l’accent marseillais, c’est compliqué...  Alors j’ai eu l’idée du casting sauvage. J’aimais la forme de la plage du Bain des Dames, et son nom, parce que je suis flemmarde et que je me suis dit que si ça marchait, ce serait en plus le titre de mon film.

 

Comment avez-vous rencontré les filles ?

Joëlle et Régine sortaient de la plage quand je suis allée les voir pour leur parler du casting, elles m’ont répondu de revenir le lendemain. J’ai tout de suite appelé Théo Vincent Suzzoni, mon ami et chef opérateur, pour qu’il me rejoigne avec une caméra. Mon but, c’était de faire partie du groupe, de ne jamais donner l’impression de les observer de l’extérieur. On l’a tous fait, de prendre une photo du Bain des Dames vu d’en haut, mais je trouve qu’il y a un côté voyeuriste. Avec Théo on était en maillot, allongés dans le sable, à leur niveau, ou en contre-plongée pour se faire plus petits qu’elles. Je pense que c’est ça aussi qui a plu, de rendre le spectateur ami du groupe, qu’il vive la journée avec elles.

 

Le tournage s’est fait en quelques jours, sans avoir précisément de scénario ?

Oui, on avait juste une caméra et deux micros, dont un qui a été bouffé par Pastis, le chien. En fait elles étaient là, elles m’ont dit oui et je ne voulais pas attendre. J’avais écrit quelques scènes, des idées, notamment la scène du tag et des jeunes, mais je n’ai jamais écrit de dialogues. J’ai plutôt utilisé une technique de théâtre, l’écriture plateau, dans laquelle les comédiens sont une matière vivante, force de proposition, et le metteur en scène est là pour donner des directions et révéler ce qui est déjà présent. Et la capacité naturelle de mise en scène des filles a beaucoup aidé.

 

Sur cette plage, on entend parler de vieillesse, d’acceptation de soi, de désir, de sexe, de violence. Vous aviez pressenti autant de sujets ?

Je pressentais beaucoup de choses, la gouaille, les blagues, l’humour, parce que j’ai déjà tiré ma serviette à côté de ce genre de femmes sur la plage pour les écouter. Je savais qu’il y allait y avoir des paroles légères, du quotidien, mais je n’ai pas vu venir le principal rebondissement. Je pense que j’étais naïve de ne pas réaliser en amont que de parler du corps des femmes allait m’amener à parler de la question de la violence.

 

Vous avez filmé ces femmes sans les caricaturer, en montrant leurs corps sans les rendre objets. Comment vous y êtes-vous prise ?

Ça tient parfois à un plan. Lorsque je me permets de couper des morceaux de leur corps, de le morceler, je le fais par des plans fixes, avec une approche un peu photographique. Je voulais que le public se rende compte du caractère inédit de ces images. Comme elles ne font que parler et qu’on rigole avec elles, on ne les regarde pas forcément. Je voulais prendre le temps de les montrer, mais en gardant toujours leurs voix sur ces images, pour qu’elles restent propriétaires de leurs corps. Je pense que j’ai réussi à les comprendre parce que quelque part, je les connaissais déjà, ce sont les femmes de ma vie, avec des personnalités flamboyantes.

 

Ce film, qui se déroule dans un lieu très localisé, avec des personnalités singulières, a conquis un public très large. Comment l'expliquez-vous ?

Il y a quelque chose d’universel dans le fait d’être une femme et de vieillir en tant que femme, qui fait que ce film pourrait se dérouler sur n’importe quelle plage, dans le nord ou en Bretagne. En fait la femme a la plage, c’est l’opposé de la femme au foyer, de la mama italienne qui ne serait une femme forte que dans sa maison. Dans la rue, sur les bancs, sur les terrasses des cafés on voit beaucoup d’hommes vieux mais peu de femmes âgées. La plage, c’est l’endroit où les femmes sont reines, dominent l’espace public.

 

À travers elles, vous donnez aussi à voir une autre facette de Marseille.

J’ai été séduite par l’idée de montrer une autre image de Marseille, qui n’est pas assez souvent mise en avant. On voit sur Instagram que Marseille est la ville préférée des Anglais. OK, mais c’est aussi la ville préférée des Marseillais. Si tout le monde vient, même les Parisiens, c’est bien qu’il y a des bons côtés et que personne ne se balade avec un gilet pare-balles.

 

Joëlle et Régine peuvent-elles encore bronzer incognito aujourd’hui ?

Non ! Des personnes viennent les voir tous les jours ! Je pense que ça leur fait plaisir, mais il ne faudrait pas que ça dégénère, parce qu’elles veulent aussi être tranquilles. Ce ne sont pas des personnages, elles ont des vraies vies et des vraies émotions !

 

 

 

 

En savoir plus